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Je suis la fille du père
Le père qui vient de la terre
Le père qui aime
Et qui cagole
Le père qui blague
Et qui console
Dans mon enfance je construis
Une bâtisse en haut d'une colline
Lieu tendre où je m'épanouis
Dans mon esprit je la dessine
Chaque souvenir est une pierre
Chaque pièce de la bâtisse une relation
Mon père, un de mes repères
A une place d'honneur dans la maison
Cette bâtisse est garnie d'un beau jardin
Elle est précieuse c'est un écrin
Qui contient le plus beau des trésors
Mes parents, mes soeurs, plus précieux que l'or
Cachée du reste du monde
Il faut passer un p'tit portail
Monter un sentier escarpé
Et m'voilà arrivée au bercail
Cette bâtisse surplombe la vallée
Rien n'semble pouvoir lui arriver
De la fenêtre
Je lance des rires à foison
Qui ricochent sur l'horizon
J'idéalise
C'est le lot des enfants
Mon père mon héros ce géant
C'est le don
L'aubaine des moins grands d'fermer les yeux sur les manquements
Et puis
Un soir
J'le vois entrer dans ma bâtisse
Un lourd marteau à la main
Il signe une oeuvre dévastatrice
Les murs, les fenêtres, les cadres éclatent
La destruction est immédiate
Adieu toutes mes convictions
Mes certitudes et mes repères
C'est dur de tenir bon
Quand dégringole l'image d'un père
Ma bâtisse?
Un amas de décombres
Je n'comprends rien
Et toute ma vie s'effondre
Le père malade, le père façade
Le père détruit, le père oublie
Le père qui lutte, qui butte qui chute
Du bruit, d'la folie, et des pertes
D'la solitude, des découvertes
De choses pas bien reluisantes
Et toutes mes illusions déchantent
Des choix de vie, la maladie
Qui font de nous juste des humains
Des êtres en mode survie
Qui ont terriblement besoin du divin
Je suis la fille du père
Le père qui vient de là-haut
Le seul point stable de l'univers
Insondable et proche à la fois
Le Père a ouvert le portail
Il a grimpé jusqu'au sommet
Il m'a d'mandé la permission
D'entamer ses réparations
Il est entré dans la bâtisse
En fait tout n'était pas brisé
Avec tout c'qu'il s'était passé
Je ne l'avais même pas remarqué
Il a pansé pierre après pierre
Utilisant comme ciment son amour
Il a de sa grâce restauré
Ce qui me semblait perdu pour toujours
Il a laissé une pièce en ruines
Celle que mon père avait cassée
Mais d'ces amas il l'a vidée
Et il a su valoriser
Des souvenirs forts et sincères
Qu'il a pris le soin d'encadrer
L'herbe et les fleurs
Ont joliment envahi
De ma demeure
Cet espace endolori
C'est devenu un lieu paisible
Où les oiseaux aiment chanter
Comme ces vieilles
Cathédrales en ruines
Dont les pans d'murs-
De drames- sont marqués
Et qui deviennent
Ces lieux de recueillement
Où courent et s'émerveillent
Les enfants
Dieu a marqué de sa présence
Cette bâtisse dans mes souvenirs
L'a couverte de sa bienveillance
Il m'a offert un avenir
Aujourd'hui j'accueille mon père
De mon passé
Je le libère
Car au delà du lien du sang
Nous sommes du même Dieu les enfants