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C'était l'époque où je travaillais comme pianiste
Dans un restaurant panoramique
Au dernier étage d'un hôtel international
Avec vue imprenable sur la capitale
Ça aurait pu tout aussi bien se passer
À Montréal, à Zurich ou ailleurs
Il y aurait eu la même proportion
D'Américains, de Japonais, de Saoudiens
Les mêmes créatures aux yeux fatigués d'avoir trop compté les dollars
Je pouvais leur jouer n'importe quoi
Gershwin, Chopin, Art Tatum
De toute façon ils écoutaient pas
Tout ce qu'on me demandait c'était de faire le moins de bruit possible
Juste un peu d'ambiance
Quelque chose de ouaté
Comme un velours
Pour accompagner leur Saint-Emilion
Leur shrimp cocktail
Leur T-bone steak
Alors je jouais pour moi tout seul
Des vieux airs de Bud Powell
Dont j'essayais de retrouver le phrasé sans jamais y parvenir
Car je ne parvenais jamais à rien
Je m'étais fixé jusqu'à trente ans
Pour réussir quelque chose dans la vie
Et j'avais vingt-neuf ans et demi
Il me restait plus que six mois
En attendant on me filait cent cinquante balles par soirée
Plus la bouffe et la boisson à volonté
J'étais content
Le seul problème
C'était que je venais juste de me faire engager
Et les salauds ils avaient pas voulu
Entendre parler de la moindre avance
Même minime
Autant vous dire que j'attendais avec impatience
La fin de la semaine pour toucher mon pognon
Et la fin de la soirée pour aller me coucher
Vers minuit
Les tables commençaient à se dégarnir
En général je me retrouvais en tête à tête avec un couple d'amoureux
Des retardataires de l'affection
Que j'avais pour mission de mener à bon port
Avec mon clavier magique
Allez donc savoir ce qui se passe dans la tête d'un pianiste
Derrière ses touches
Pendant que vous sirotez votre champagne
Si ça se trouve
Lui aussi il est amoureux
Ou triste
Parce que sa femme l'attend
Ou parce que sa femme l'attend plus
Parce qu'elle vient de le quitter
Ou parce qu'elle va le quitter